Donald Trump dispose du fouet et de la carotte, la loi Lindsay Graham par Guy Kapayo
Pourquoi Donald Trump a-t-il signé la loi Lindsey-Graham ?
Punir Poutine ou renforcer son propre pouvoir économique ?
Le 18 septembre 2026, Donald Trump a promulgué la Lindsey O. Graham Sanctioning Russia and Iran Act. Officiellement, cette loi vise à réduire les ressources permettant à Vladimir Poutine de financer la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
Elle sanctionne les responsables russes, les banques, les industries militaires ainsi que la « flotte fantôme » utilisée pour contourner les restrictions occidentales sur les exportations d’énergie.
Cependant, faut-il croire que Donald Trump a signé cette loi uniquement pour punir Vladimir Poutine ?
À mon avis, cette explication est insuffisante.
Une véritable loi de sanctions contre la Russie
Il ne faut pas nier l’effet réel du texte. La loi renforce la pression exercée sur les secteurs russes de l’énergie, de la finance et de la défense. Elle cible également les navires et les intermédiaires qui permettent à Moscou de continuer à vendre son pétrole sur les marchés internationaux.
En réduisant les recettes énergétiques russes, Washington cherche effectivement à diminuer les ressources disponibles pour financer la guerre.
Mais cette dimension antirusse ne représente qu’une partie du dispositif.
Le véritable pouvoir se trouve dans les droits de douane
L’élément essentiel de la loi réside dans les nouveaux pouvoirs tarifaires accordés au président américain.
Donald Trump peut désormais imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les marchandises provenant des cinq principaux pays acheteurs de pétrole ou de gaz russe. La Chine et l’Inde, deux grandes puissances économiques qui continuent d’importer massivement l’énergie russe, sont directement concernées.
Cela transforme une loi officiellement dirigée contre Moscou en une arme commerciale mondiale.
Le message adressé à Pékin et à New Delhi devient très clair :
« Si vous continuez à acheter l’énergie russe, les États-Unis peuvent pénaliser vos exportations. »
Donald Trump obtient ainsi un moyen supplémentaire de pression dans ses négociations commerciales, industrielles et géopolitiques avec la Chine et l’Inde.
Les “waivers” : la clé du pouvoir présidentiel
La disposition la plus importante est peut-être celle qui permet au président d’accorder des dérogations, les fameux waivers.
Donald Trump peut menacer un pays de droits de douane considérables, puis suspendre ou supprimer ces droits s’il estime qu’une dérogation sert la sécurité nationale des États-Unis.
Le président dispose donc simultanément du bâton et de la carotte :
le bâton des droits de douane pouvant atteindre 100 % ;
la carotte de l’exemption présidentielle.
Un pays menacé pourrait chercher à obtenir une dérogation en faisant des concessions aux États-Unis : achats de produits américains, investissements industriels, contrats énergétiques, coopération diplomatique ou ouverture de son marché.
La sanction contre la Russie devient ainsi une monnaie de négociation entre Washington et le reste du monde.
Une proximité avec les milieux russes qui alimente les interrogations
L’idée selon laquelle Donald Trump aurait signé cette loi par hostilité personnelle envers Vladimir Poutine doit également être examinée avec prudence.
La famille Trump entretient depuis longtemps des relations d’affaires controversées avec différentes personnalités russes ou proches du pouvoir russe. Une enquête récente a notamment révélé qu’Umar Kremlev, homme d’affaires russe décrit comme proche de Vladimir Poutine, avait financé pour plusieurs centaines de milliers de dollars des célébrations organisées aux Bahamas après le mariage de Donald Trump Jr.
Donald Trump affirme que son fils a remboursé — ou remboursera — les sommes concernées. Cette affaire ne prouve pas que le président américain protège politiquement Vladimir Poutine. Elle démontre néanmoins que les relations entre l’entourage de Trump et certaines personnalités proches du pouvoir russe méritent un examen attentif.
Elle oblige surtout à éviter une lecture trop naïve selon laquelle Donald Trump aurait signé cette loi uniquement pour défendre l’Ukraine ou punir moralement la Russie.
Trump ne choisit pas nécessairement entre Poutine et ses propres intérêts
La réalité est probablement plus complexe.
La loi sanctionne effectivement la Russie et peut réduire ses revenus énergétiques. Mais elle donne également à Donald Trump une autorité commerciale exceptionnelle sur des partenaires aussi importants que la Chine et l’Inde.
Trump n’a donc pas nécessairement signé cette loi parce qu’il serait soudainement devenu un adversaire résolu de Vladimir Poutine. Il peut l’avoir signée parce que le texte transforme la dépendance énergétique mondiale envers la Russie en instrument de puissance américaine.
Autrement dit, Poutine est la cible officielle, mais la Chine et l’Inde deviennent aussi les véritables destinataires du message.
Conclusion : une loi anti-Poutine, mais une arme entre les mains de Trump
La loi Lindsey-Graham poursuit deux objectifs simultanés.
Le premier consiste à réduire les revenus permettant à la Russie de financer sa guerre.
Le second, beaucoup plus favorable à Donald Trump, consiste à lui fournir un levier tarifaire capable de contraindre les partenaires commerciaux de Moscou.
Les dérogations placées entre les mains du président renforcent encore ce pouvoir : Trump peut décider qui sera sanctionné, quand les droits de douane seront appliqués et qui pourra obtenir une exemption.
La meilleure question n’est donc pas seulement :
« Donald Trump veut-il punir Vladimir Poutine ? »
Elle est plutôt :
« Comment Donald Trump utilisera-t-il la menace des sanctions contre la Russie pour obtenir des concessions de la Chine, de l’Inde et des autres puissances économiques ? »
À mon avis, c’est là que se trouve le véritable enjeu de la loi Lindsey-Graham.
A.G.Kapayo
Mainz, Allemagne — 19 septembre 2026
Commentaires